Granada, la Seattle d’Espagne
Dans le langage musical, une «Seattle» est une ville de taille moyenne où quelques groupes sont arrivés avec un nouveau son qui a su plaire à la fois aux fans et aux critiques musicaux.
Montréal a été qualifiée de Seattle à la sortie des premiers albums de Wolf Parade et Arcade Fire, et croyez-le ou non, en Espagne, le titre revient non pas à Barcelona ou Madrid, mais bien à Granada, qui, classée 18e en Espagne en terme de population, doit son titre à ses universités populaires qui réunissent des étudiants de partout en Espagne. Tout a commencé au début des années 90 avec Los Planetas, un groupe réputé pour avoir fait en premier de la musique indie de qualité en espagnol. S’en est suivi à la fin des années 90 Lagartija Nick qui pris la voie du punk rock et, dans les années 2000, Lori Meyers, probablement le groupe le plus populaire en Espagne à l’heure actuelle, choisissant la voie pop/rock.
Je ne sais pas trop où commencer en parlant de Lori Meyers. Leur style n’est pas le plus original (un genre de mélange entre Oasis et The Verve), leurs 4 albums ne sont pas exceptionnels, mais en live, ils sont quelque chose. J’ai assisté à leur show à l’Industrial Copera de Granada, et je crois que je n’avais rien vu de tel depuis le spectacle combiné de U2 et Arcade Fire au Centre Bell en 2006. 1500 jeunes adultes en extase, connaissant les paroles par coeur, dansant, sautant et applaudissant à tout rompre à la fin de chaque chanson.
À mon passage à Granada, j’ai absolument voulu les rencontrer, et après une infinité de mails et d’appels de dernière minute en «spanglish», j’ai rencontré le chanteur Noni qui sortait tout joyeux d’une défaite du Granada CF, qui passait quand même de la 2e divison B à la 2e division A. L’entretien a eu lieu à la terrasse d’un bar décontracté un peu à l’écart du centre de la ville, devant quelques bières et les tapas gratuits qui les accompagnent gratuitement comme toujours là-bas.
Fondé en 1998, alors que les membres avaient 18-19 ans, Lori Meyers est devenu rapidement le groupe favori des critiques espagnols et ils ont accumulé peu à peu un large public partout en Espagne. Après 6 ans, le groupe a maintenant atteint le statut de superstars, ou même, selon certains, de demi-dieux (même si Noni m’assure que c’est faux). Une des raisons de cette popularité grandissante est sûrement liée à l’évolution du son du groupe, qui a tourné d’un son folk rock inspiré de Neil Young vers un son new wave plus international sur leur plus récent LP, Cuando el Destino Nos Alcance. Un changement qui leur a valu des accusations de vouloir plaire à la masse, mais qui, selon Noni, serait simplement dû à une amélioration technique en tant que musiciens et groupe; il m’assure à plusieurs reprises que leur producteur (qui a déjà travaillé avec Shakira, Jennifer Lopez et Rickie Martin) leur a permis d’aller dans la direction qu’ils souhaitaient, un alliage de sensibilité espagnole et de groupes des 80′s comme New Order.
Honnêteté musicale ou non, Lori Meyers a fait ce qu’il fallait pour devenir le groupe indie le plus populaire en Espagne. Signé sur le label Universal depuis leur 2e album en 2005, ce n’est toutefois pas avec les disques qu’ils réussissent à vivre de leur musique. Pour vous donner une idée, Malajube, un groupe comparable à Lori Meyers dans le style, la popularité et la non-anglicité des paroles, a vendu 50 000 copies de Trompe L’oeil, dans un marché de 6 millions de personnes alors que Lori Meyers vendent environ 10 000 copies de leurs albums dans un marché de 45 millions de personnes.
C’est peut-être parce que c’est plus en live qu’en CD qu’ils s’accomplissent vraiment. Noni me révèle même: «En fait, notre musique est assez pauvre; finalement c’est juste une copie des groupes britaniques, américains et canadiens que nous adorons comme Ocean Colours Scene, Guided By Voices et Apostle of Hustles.» Très auto-critique à propos de ses albums, il pourrait difficilement l’être autant à propos de ses prestations live. Pour vous dire, au Primavera Sound Festival de Barcelona, le seul groupe qui a créé autant d’enthousiasme que Lori Meyers durant leur concert à Granada, c’est un groupe vieux de 30 ans qui s’appelle … The Pixies.
Noni m’a fait une liste de ses groupes indie préférés à Granada:
1- Lagartija Nick (punk)
2- Los Planetas (indie rock)
3- Lori Meyers (pop/rock)
4- Ninos Mutantes (pop/rock)
5- Elastic Band (indie pop)
6- Napoleon Solo (pop)
7- Bisagra (rock alternatif)
8- 091 (rock)
9- Los Angeles (pop psychédélique)
10- Antonio Arias aka Multiverso (rock alternatif)
Si vous faites un tour à Granada, allez faire un tour à l’Industriel Copera et El Tren où sont donnés les meilleurs concerts… et pour souper, commandez 2-3 bières, ils vont vous donner assez de bouffe pour vous rassasier.
Nicolas Dagenais (un gros merci à Felix Moreno et Mar Kiddo pour les photos)















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