Séville: entre post-rock et pre-punk
N.B. Ceci est la suite de ma revue de la scène musicale underground européenne, qui a commencé avec mon article sur Madrid il y a 2 semaines. Aujourd’hui, je vous parle de Séville.
Séville est probablement une des villes les plus traditionnelles d’Espagne. On ne s’étonne donc pas que le flamenco (ou le flamenco fusion) soit le style musical qui prime. Toutefois, en fouillant un peu, j’ai été en mesure de découvrir d’excellents groupes rock qui ne sont définitivement pas très connue internationalement, en Espagne ou même a Séville, et qui n’ont pas vraiment d’ambitions commerciales non plus, mais qui m’ont franchement épaté. J’ai eu la chance de rencontrer 3 d’entre eux: The Baltic Sea, Tannhäuser et Del Shapiros.
The Baltic Sea un groupe particulier. Ses influences ne sont pas difficile à cerner (Radiohead circa 1995, Sigur Ros, Snow Patrol) et pourtant, à l’écoute de la pièce-titre de leur 2e LP, El Gran Blancon, on se rend compte qu’on a affaire à beaucoup plus que la version «espagnole» du rock alternatif. Quelques secondes de voix a cappella, et puis, en un seul accord, le groupe nous emmène dans leur monde. L’amateur aimera la voix majestueuse d’Esteban Ruiz Sanchez ainsi que la beauté de ses mélodies, simples et puissantes. Le connaisseur appréciera l’originalité des arrangements de mélotron, la clé des arrangements de The Baltic Sea, qui est en fait dû aux circonstances: «We had keyboards in the studio so we decided to try». Il faut dire que le fait d’avoir un des producteurs les plus réputés en Espagne (Raul Pérez) comme bassiste doit également aider. L’autre clé est probablement le passage à l’espagnol qu’ils ont effectués pour leur 2e album. Esteban a beau préféré chanter en anglais comme dans leur 1er album et ses autres projets, il y a quelque chose de très intéressant à entendre une musique aussi chargée émotivement chantée dans une langue étrangère. On n’a pas exactement affaire aux Sigur Ros «espagnol», mais on n’est pas loin non plus.
Esteban et le guitariste Kiko m’ont interprété leur nouveau single La Verdad en version acoustique sur les rives de la Gualdalquivir. Admirez.
http://www.myspace.com/meetthebalticsea
Tannhauser est probablement un des secrets les mieux gardées d’Espagne. Un magazine chinois a classé leur premier LP comme le 11e meilleur album instrumental de 2009, et sans être un expert de rock instrumental, je crois qu’ils méritent cette place entièrement. Post-rock à fond, ce qui les différencie toutefois de Mogwai et Sigur Ros est leur utilisation brillante de la répétition, un peu comme dans le meilleur de l’électro ou du hip hop. Avec des entrelassemenents de rifts de la part des guitaristes Inaki et Raul, des lignes de basses créatives d’Alejandro, des rythmes entrainants du tout récent batteur Eduardo, Tannhauser nous fait oublier qu’ils suivent la même progression d’accord depuis parfois 8 minutes; et l’absence de parole, plutôt que de créer un vide, ajoute au côté mystérieux de leur musique. Elle nous fait aussi oublier que Tannhäuser est un groupe espagnol en provenance d’une ville aussi traditionnelle que Séville. C’est peut-être pour ça que les Chinois les aiment bien, et que vous les aimerez également.
Tannhaüser m’ont offert une prestation énergique de Arkanoid dans leur local de pratique: une classe de maternelle.
http://www.myspace.com/wearetannhauser
Au son des chants et des célébrations des partisans du Sevilla FC qui l’ont emporté cette soirée-la contre l’Atlético de Madrid, j’ai rencontré le groupe sévillanais de garage rock Del Shapiros. Del Shapiros s’est formé en 2001, mais n’est définivement pas un groupe du 21e siècle. Leur centre de gravité se situe quelque part les années 60s: leurs influences sont les Rolling Stones de Brian Jones, The Kinks, Phil Spector, et ils ont enregistré avec des instruments des années 1950s et les mêmes microphones qu’utilisaient Frank Sinatra dans les années 30s. Le nom du groupe en dit beaucoup: il vient du mot d’origine italienne Del, qui précédait les noms de plusieurs groupes de NYC dans les années 50s et de Robert Shapiro, l’avocat de Phil Spector lors de son procès pour meurtre en 2007 (aussi avocat de OJ Simpson). Lorsque j’ai demandé à Ernesto, le seul membre fondateur encore dans le groupe, s’ils étaient intéressés à faire du garage rock moderne comme The Hives, The Libertines ou The Black Lips, il m’a franchement répondu: «Pourquoi est-ce que je ferais comme tous ces groupes, alors qu’en ce moment, je suis un des seuls dans le monde à faire ce que je fais?» Bien entendu, leur côté puriste les empêche probablement d’atteindre le niveau de succès qu’il mériterait, mais leur passion les a quand même amené en Hollande pour jouer au Primitive Festival en 2007, où ils ont notamment improvisé pendant 1h en tant que groupe du légendaire Kim Fowley. Leur passion est contagieuse, et lorsqu’on les voit en live, on n’est plus en 2010, on est en 1963.
Del Shapiros m’ont interprété une toute nouvelle chanson dans leur «local» de pratique dans le centre de Séville. Vous allez voir, rien ne peut les arrêter (même moi qui coupe l’électricité en marchant par erreur sur la prise de courant).
http://www.myspace.com/thedelshapiros
D’autres groupes sévillanais à surveiller: Trisfe (post-rock), Blacanova (indie pop), Fiera (post-punk), Pony Bravo (flamenco rock), Las Buenas Noches (indie pop), Microondas (folk rock).
Si vous allez à Séville un jour, je vous conseille d’aller visiter le Malandar et le Fun Club, où sont donnés les meilleurs concerts en ville. Pour les festivals, il y a le Southpop au début du mois de septembre et le Territorios au début à la fin du mois de mai.
Samedi prochain, je vais vous parler de ce qui se passe à Granada et Valencia.
colio














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